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Les Lois intolérables

Mon directeur de maîtrise, humaniste au savoir encyclopédique, nous disait avec un petit sourire en coin : « Les Anglais font des réformes et les Français font des révolutions. » Et les Québécois font des révolutions tranquilles, ai-je pensé.

J’ai passé deux des plus belles années de ma vie au XVIIIe siècle et je m’y réfugie encore parfois, au milieu d’une rêverie révolutionnaire anachronique.

Ottawa, début du XXIe siècle, le gouvernement conservateur entiché de la tradition monarchique anglaise, propose des « réformes » intolérables : Loi C-10 sur la justice criminelle, projet de loi C-32 sur les droits d’auteurs, projet d’abolition du registre des armes à feu, retrait de droits de grève, retrait du protocole de Kyoto et j’en passe. Il devient coutume d’adopter des lois à grands coups de bâillon.

Dans quelques années, les historiens pourraient parler des Lois intolérables du gouvernement Harper en référence aux Actes intolérables qui ont mené à la Révolution américaine.

Quel sera le point de rupture? Qui prendra la Bastille?

Sans être devins ou futurologues, nous savons bien que ne pourrons pas continuer à vivre comme nos parents. Nous devinons à peine les sacrifices que nous devrons faire au cours des prochaines années

Quand on évoque les révolutions, plusieurs voient l’image d’une foule enragée brandissant des têtes coupées au bout d’une fourche. Même si nous gardons nos têtes bien vissées sur nos épaules, les affrontements risquent de se multiplier, et la révolution d’être beaucoup moins tranquille si personne n’écoute.

Et si nous convoquions des « États Généraux » pour repenser en profondeur nos priorités et la distribution des richesses? Est-ce que les jeunes, les boomers, les riches, la classe moyenne et les pauvres défendront leurs privilèges chacun dans leur coin? Est-ce qu’on arrivera au contraire à s’unir devant des ennemis communs? Que ces ennemis se nomment Harper, le réchauffement climatique, la vente à rabais de nos ressources ou la contre-révolution!

L’étincelle ne s’allumera peut-être pas dans notre ancienne colonie française, mais mon espoir d’assister à de profonds changements sociaux au cours de mon existence semble de plus en plus réaliste.

Dans ma rêverie anachronique, le mouvement des Indignés me rappelait la marche des femmes de Paris à Versailles pour réclamer du pain à Louis XVI en octobre 1789.

Enfant de la classe moyenne née au milieu des années 70, je n’ai jamais manqué de pain ni de Nutella. Je suis de cette génération qui a marché pour la Loi 101 au Cégep, qui a nourri de grands espoirs en 1995 et qui s’est réfugiée dans le travail, les nouvelles bébelles « révolutionnaires » et un mini Baby boom bercé par nos rêves fragiles de famille fonctionnelle.

Je n’étais pas à Berlin quand on a démoli le mur, mais j’étais à San Francisco le soir de l’élection de Barack Obama. C’est là que j’ai senti pour la première fois l’extase collective, la joie qui éclate à chaque coin de rue, les larmes qui coulaient malgré moi. C’est si bon de gagner quelque chose de plus grand qu’une coupe Stanley! Je me suis permis de croire à de grands changements, même si tout le monde savait que les obstacles seraient de taille.

Nous sommes de véritables cancres quand il s’agit d’apprendre les leçons de l’histoire. La lecture de la « Brève histoire du progrès » de Ronald Wright devrait finir de vous en convaincre. N’empêche que j’espère contribuer à un nouveau point sur la ligne du temps au XXIe siècle. Un gros point sans taches de sang, sous lequel il sera inscrit « Adoption d’un nouveau système mondial de distribution des ressources et de la richesse. »

Et non, Internet n’est pas la Révolution, c’est un moyen de communication, un moteur à propulsion rapide de l’information. Quand les jeunes sont dans les rues, Jean Charest ne peut pas écrire dans son journal : « Aujourd’hui, rien » comme Louis XVI, le 14 juillet 1789. Quoique…

Au XXIe siècle, on s’intéresse tellement à la technologie et si peu à l’Homme que je n’ai pas pu suivre les traces de mon professeur, le dernier humaniste qui a pris sa retraite peu après ma graduation.

 

23

03 2012

Je me souviens…de moins en moins

Pour mieux servir la dictature du «Politiquement correct», on s’efforce de plus en plus d’effacer des manuels scolaires, les épisodes de batailles et de rébellions entre les Canadiens français et anglais. Les pédagogues veulent former des citoyens canadiens au multiculturalisme pacifique : «Tout-le-monde-il-est-gentil-d’un-océan-à-l’autre.

Que l’on soit souverainiste, fédéraliste, marxiste ou «je m’en foutiste», le fait demeure que le 13 septembre 1759, Québec est tombé aux mains des Anglais, sur les Plaines d’Abraham. Comme s’est souvent le cas, les «dommages collatéraux» comptent plus que le nombre de morts : destructions, pillages, viols et surtout, la famine. Désolée les enfants, la guerre, c’est vraiment plus laid qu’un jeu vidéo. Peu importe leur origine, les conquérants victorieux ne respectent pas toutes les règles.

Certes, plusieurs peuples traînent un passé beaucoup plus lourd de guerres continuelles et de persécutions, mais il ne faudrait tout de même pas que les jeunes s’imaginent que le système actuel a poussé naturellement, comme une fleur de lys au printemps. Le poids de l’histoire d’un peuple s’inscrit dans les gènes. Il faut lire Ligne de failles de Nancy Houston pour se noyer dans l’univers d’un héritage génétique traumatique.

Née à Ottawa de parents biologiques canadiens anglais, j’ai été immédiatement adoptée par une famille québécoise de l’autre bord du pont. Par destinée professionnelle, j’ai toujours travaillé dans les deux langues, naviguant tant bien que mal dans la joyeuse politique de «Toronto-le-tout-puissant» face à «Montréal-l’incomprise». Inévitablement, au fil des années, même si l’on prône la non-violence et le Yoga, il viendra toujours un moment, où l’on ferait fondre des cuillères pour fabriquer des balles de fusil.

Tout aussi inévitable, il nous arrive de surprendre une conversation totalement «Politically incorrect» de nos chers collègues ontariens, en pleine séance de «Quebec Baching». La morale de l’histoire : vérifiez toujours la liste de vos invités sur les appels conférences, le mode silence est une redoutable arme d’espionnage involontaire.

Mais pour un divertissement ultime, il faut entendre un Canadien anglais tenter d’expliquer le «cas québécois» aux Américains, qui ne connaissent généralement que Montréal, en tant que lieu mythique de débauche, le «Las Vegas» du Canada. Le Canadien dira probablement que malgré les lois de protection de notre culture, une “portion” de Québécois se sent encore menacée. (Haussement d’épaule) Nos voisins du Sud, déjà ébahis par le bilinguisme canadien, qui coûte si cher en frais de traduction, croiront volontiers que le mouvement souverainiste n’est plus qu’une «curiosité» folklorique. «Help me remember : when did those French people arrived to the continent? Prisoners and french cancan ladies?»

Un Américain érudit, se souviendra peut-être qu’au XVIIIe siècle, l’Acte de Québec qui visait à calmer les Canadiens français après la Conquête, fut l’un des actes intolérables de la couronne britannique aux yeux des colons américains. Certaines de ces concessions aux francophones ont encouragé la marche vers la Guerre d’indépendance américaine. Ce n’est pas d’hier que le village d’Astérix vous inspire ! Vous aimez surtout nos bardes qui chantent dans votre langue…

02

09 2011

Riches comme des crétins de Crésus

À lire en écoutant All I need – Radio head (MTV video)
Certaines choses coûtent plus cher que vous ne le croyez

Il y a quelques semaines, un ancien collègue m’a fait découvrir le site Globalrichlist. Il suffit d’y entrer votre salaire pour savoir votre rang sur la planète.

Même si vous assumez pleinement votre culpabilité de sale nord-américain riche, lorsqu’on vous balance ce chiffre, vous vous sentirez le roi du monde, pendant au moins dix minutes.

Assurément, vous me direz que ce calcul est hors contexte du coût de la vie. Vous me direz aussi que plus on fait d’argent, plus on peut en redistribuer. Vraiment? Est-ce que vous faites plus de dons depuis votre dernière augmentation de salaire ou vous achetez plus de “bébelles”?

Soyez honnêtes, sans les reçus d’impôts, est-ce que vous donneriez autant à des organismes de charité ? Après avoir donné un gros cinq dollars à une petite madame pour une marche quelconque, elle m’a demandé si je voulais une lettre de remerciement. «Euh, non merci, madame, on va peut-être sauver pour cinq dollars d’arbre en même temps!»

Il faut dire que nous sommes souvent tellement sollicités, qu’on ne sait plus à qui donner, surtout lorsqu’on s’émeut de tous les drames de l’humanité.

Pour sauver le monde, je devrais allouer des pourcentages de budget mensuel à chaque cause : les enfants malades, les catastrophes naturelles, les pauvres, le cancer, le calendrier des pompiers, le monsieur devant la pharmacie, les ours polaires, les tigres, les grenouilles et les abeilles.

Vous pensez que je me moque mais je réfléchis à une application mobile qui permettrait de répartir les dons en temps réel, à celui ou celle qui en a le plus besoin. Bon, elle n’est pas encore au point puisque lorsque j’en parle, on me sourit gentiment, on cesse de me servir du vin, et on passe à un autre sujet.

Ceci-dit, je suis loin d’être une sainte : je sacre à chaque fois qu’un squeegee saute sur ma voiture. Je veux bien payer une taxe municipale pour les sans-abris, mais par pitié, laissez-moi rêvasser en paix sur les lumières rouges!

On voit de la pauvreté partout dans le monde mais c’est en habitant en Californie que j’ai été confrontée chaque jour au déséquilibre des richesses. Je commençais à trouver que le fric puait un peu trop.

Les États-Unis traversaient une crise économique majeure mais il y a tellement de porsches sur les routes, que j’avais perdu le vieux réflexe de regarder si le conducteur était mignon!

D’accord, j’admets que je suis une nord-américaine pourrie gâtée, mais je le petit mérite de ne pas être dévorée par le désir de “flasher”.

Mon auto fête ses dix ans. Je n’ai jamais acheté une télévision : je ramasse les vieux modèles de mes grands-parents. Je déteste les centres d’achat et les brioches à la cannelle sont ma seule motivation pour aller au Ikea… Il y a pire encore : ma mère a recousu plusieurs fois certains de mes vêtements préférés. Vous commencez à vous demander si je suis une vraie fille? Oh, mais j’ai mes pêchés mignons. Je ne refuserai jamais de sorties entre amis, ça n’a pas de prix. J’ai aussi du mal à contrôler l’achat compulsif de musique et de livres. Bienheureux, celui qui est abonné à la bibliothèque municipale!

Solon aurait dit à Crésus qui lui montrait ses richesses : « N’appelons personne heureux avant sa mort. »

Bref, si un jour je me plains des petits sacrifices de ma nouvelle vie, renvoyez moi sur le site Gobalrichlist Tiens, je ne peux pas m’acheter cette superbe robe…Oh que je fais pitié!”

19

06 2010

De l’amitié. Une visite à mon ami Montaigne

Musique d’accompagnement: Breathe me de Sia (Chanson thème de la finale de la série Six pieds sous terre)

Il y a quelques années, une amie m’avait donné un petit classique : «De l’amitié» de Michel de Montaigne. Vous connaissez surement la fameuse citation : « Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : parce que c’était lui, parce que c’était moi. »

Il est vrai que l’amitié n’a pas besoin d’explication du pourquoi, du comment. Un lien qui se tisse souvent naturellement, se solidifie avec les années et peut durer toute une vie. J’aime éperdument mes amis, comme dans cette chanson de Sia, ils me redonnent le souffle, sans eux, j’étouffe.

Mais il est aussi vrai que les frontières de l’amitié homme-femme, sont souvent mal délimitées, contestées, détestées ou tolérées. Une attirance évolue parfois en amitié, par renoncement à l’amour. Pour garder un ami, on se fait violence, en enterrant un sentiment amoureux. À force de volonté, on bâtit parfois, sur des rêves écroulés, une amitié réelle, solide comme une cathédrale miraculeuse.

L’ami demeure au fil de nos amours et lorsqu’un amour se meurt, on espère, parfois, en garder l’amitié. L’amitié pour l’éternité, l’amour…risqué. Il nous arrive même parfois, de mêler tout ça, en devenant amis/amants/, une relation à priori, réconfortante, avant qu’elle ne se transforme en statut «C’est compliqué» de Facebook.

L’amie passionnée, celle à qui on peut tout confier, se retrouve souvent, cantonnée dans le rôle de la maîtresse, libre et divertissante à l’opposé de l’épouse, crainte et aimée. Une maîtresse sans aucune épouse rivale, un simple accomodement raisonnable, hors du modèle traditionnel du couple. «Ça ne fait pas des enfants forts» comme dit si bien ma mère, dont je salue d’autant plus la sagesse que la mienne qui tarde à se manifester.

À une autre époque, les maîtresses intelligentes et bien nées, pouvaient même régner en douce sur la France. On pense aux favorites des rois de France, Madame de Pompadour, Madame de Maintenon, Madame Du Barry.
Maintenant que le mariage, du moins en Occident, est un libre choix et non une alliance imposée, les relations extra-conjugales des politiciens ne sont plus tolérées. On doute fort que Monica Lewinsky parlait beaucoup de politique avec Bill Clinton.

Je ne fais aucunement l’apologie de ces relations qui se terminent trop souvent, en regrettant à la fois l’ami et l’amoureux. Je ne suis pas digne de Montaigne mais je dois avouer que les voies de l’amitié sont parfois aussi impénétrables que celles de l’amour. Au milieu de mes frasques amoureuses, mes amis étaient là, ils sont toujours là, je ne peux pas espérer mieux. Cette chanson «Breathe me» de Sia, qui clôt la série de Six pieds sous terre, me rappelle aussi qu’à la mort de mon père, lorsque je me suis levée pour parler devant tout le monde à l’église, c’était la première fois que je voyais tant amis réunis devant moi, j’ai respiré un bon coup.

Help! I have done it again
I have been here many times before
Hurt myself again today
And, the worst part is there’s no-one else to blame
Be my friend…

(Breathe me – Sia)

16

06 2010

Twitter et le bel esprit moderne

Séquence à revoir : La joute de bel esprit dans le film Ridicule

Hier matin, lorsque mon réveil a sonné, je me suis rendue compte que j’étais en train de “twitter” dans mon rêve. Je ne suis pourtant pas trop “accro” de Twitter, je m’en tiens à une moyenne de un ou deux messages par jour.

J’ai joint la secte des oiseaux picocheux il y a environ deux mois. Twitter remplace mon cordon ombélical au fil de presse et me permet de retrouver un peu mon habitat naturel : les salles de presse à aire ouverte. Mieux encore pour une fille qui n’est pas très bavarde le matin, être seule avec la radio et Twitter s’avère plutôt commode (ceci-dit, je rattrape mon mutisme matinal en parlant trop le reste de la journée).

Bien avant Facebook et Twitter, nous exercions notre rhétorique sur les forums et nous fréquentions de respectables salons de clavardage. Habillé chic, le «Web 2.0» a quitté un cercle d’initiés pour se répandre dans la masse mais pour l’instant, Twitter demeure une secte assez restreinte au Québec.

Adepte convaincue mais néanmoins modérée, je me pose quelques questions existentielles en moins de 140 caractères. La première: « Vivre le moment présent ou le twitter? »

Encore une fois, je pose la question qui tue : Mais que dirait Bouddha? Sommes-nous vraiment dans la plénitude du moment présent si le besoin de partager par écrit risque de tuer le momentum? « Une seconde chéri, je tweet ta demande en mariage. Ma réponse? Ah non, merde, Twitter est encore «over capacity».

Ne vaut-il pas mieux bien mâcher tranquillement que de twitter que notre steak est délicieux? Au milieu d’un tremblement de terre, ne serait-ce pas plus sage de se planquer sous une table avant de tweeter au monde entier que la terre tremble? En d’autres mots, est-ce que notre besoin incontrôlable de tout documenter nous rapproche de ces touristes qui prennent tellement de photos de voyage, qu’on se demande s’ils ont vu quelque chose en dehors de leur écran.

La deuxième question dépasse Twitter mais me chipote aussi : « Les gens d’esprit ont-ils encore le droit de se taire ? » Notre société a une grande soif de la phrase “clip” drôles. Comme le commun des mortels, je me délecte des mots d’esprits et j’organise mes listes d’invités VIP dans mon salon. Il serait dommage toutefois que certaines discussions deviennent des rendez-vous obligés pour briller comme dans un bar de la rue Saint-Laurent.

Certains d’entre vous se rappelleront peut-être le film Ridicule de Patrice Leconte qui se déroulait dans les salons du XVIIIe siècle? Les invités devaient faire preuve de bel esprit et un “Ridicule” pouvait briser leur réputation. À un dîner, la marquise lançait une joute de bel esprit et celui qui avait le moins d’esprit devait quitter la table. Vers la fin de la joute, alors que le baron n’avait pas encore parlé, deux convives lancent:

«On dit d’un homme d’esprit qui se tait, qu’il n’en pense pas moins»
«Un sot qui se tait n’en pense pas davantage»

Bien entendu, il s’agit là d’une caricature des salons du XVIIIe siècle. Mais au XXIe siècle pour se démarquer des “ennuyeux”, il vaut mieux maîtriser l’art du “bon mot clip” et être vite sur les pitons pour lancer les rumeurs en premier.

03

06 2010

RAM qui rame : la maladie du siècle?

À lire en écoutant : Where is my head – Pixies

On a beaucoup polémiqué suite aux sorties de Lise Bissonnette et de Nathalie Petrowski dénonçant les écueils des médias sociaux. Puis, on est passé aux séries et à la spirale infinie de l’échangeur Turcot.

J’y reviens malgré tout parce que le débat sur la perte de temps surgit à chaque nouvelle invention diabolique dont la télévision, les jeux vidéos et Internet. Une grande question demeure : peut-on vraiment juger le gaspillage de temps? N’est-ce pas là une violation du doit individuel à disposer de sa propre RAM (Random Access Memory ou en français, mémoire à accès aléatoire)

Illustrons la RAM par un échantillon de 24 secondes chrono chez un spécimen test:

Navigation simultanée sur une dizaine de fenêtres
Tweet : “Inch Halak” (de ynoiseux) apparaît au bas de l’écran. Sourire.
Pong: Courriel important pour le boulot.
Ping: Annonce d’un texto sur le cellulaire.
Pong: Pourriel de viagra.
Pong: Lettre d’information sans importance.
Toudou: Spam d’une Russe en chaleur via Skype.
Wouf: Chien de la voisine.
Tweet: machin@chose@pis@l’autre#machin http://tinyurl…. euhhh…
Fiiiiiiiiii: Le café est prêt.
Tic. Tic. Le courriel important est lu et classé. Beeep…

Voilà 24 secondes alors imaginez deux éternelles minutes dans le cerveau d’Halak en dernière période, mercredi soir…

Trucs et astuces: si votre capacité de traitement commence à défaillir, défragmentez votre disque dur par une cure de déconnexion. Vous pouvez, par exemple, aller chercher le café avant qu’il explose dans la cuisine.

Va pour les bases techniques mais l’injustice veut que nous ne soyons pas tous nés égaux face à la RAM. Certains génies en repoussent les limites et d’autres sombrent dans le déficit d’attention chronique.

Cherchant un exemple de RAM phénoménale, je me suis demandée combien de Tweets ferait-on avec les 23 000 lettres de Voltaire? L’incorrigible bavard, qu’on lit encore trois siècles plus tard, a pondu cette orgie de mots à la plume, sans copier-coller. Pendant ce temps au 21e siècle, je “tapoche” une oeuvre plus qu’éphémère au péril de mon annulaire droit. Quel rapport avec ce doigt sans intérêt sauf si le marié se trompe de main? C’est qu’il y a environ un an, le salaud a décidé de cesser de plier: un inflammation connue sous le nom savant de «doigt gâchette». Il faut dire que je tape trop passionnément, sans méthode, en surexploitant l’annulaire pour les touches «effacer» et «retour». L’insubordonné a été cruellement puni par une piqure de cortisone injectée dans le tendon. Croyez-moi, la douleur est comparable à se faire arracher un ongle par un sauvage du Canada.

Bon, je disais quoi déjà ? Ah oui ! Déficit d’attention chronique… «Connais-toi-même ta propre RAM.»

Qu’importe si de nos doigts gâchettes, nous écrivons plus vite que notre ombre des quantités exponentielles de phrases intelligentes ou insignifiantes, tant qu’il nous sera permis de rire de l’Homo sapiens version 2.0.1.0. Zappeur multitâche branché sur de plusieurs médias, il a inventé une langue indéchiffrable parsemée de «#» et «LOL». Il vénère le dieu «Halak» ainsi que des objets gravés d’un signe de pomme. Sapiens cherche inlassablement des femelles dans les catalogues illustrés et craint davantage d’être déconnecté plus d’une heure, que sa propre mort.

En vérité, je vous le dis, si la masse perd le contrôle de sa RAM, nous sombrerons dans un déficit d’attention chronique collectif telle une meute de Jack Russel tappant frénétiquement sur des claviers. Nous devrons aussi nous préparer à une épidémie de doigts gâchettes parce que jusqu’à maintenant, la reconnaissance vocale traîne de la patte.

Et qu’en dirait Voltaire? Peut-être… «Les hommes en général ressemblent aux chiens qui hurlent quand ils entendent de loin d’autres chiens hurler».(Fragments historiques)

30

04 2010

Simplicité technologique volontaire ou démence Web ?

Il y a quelques mois, j’avais publié un billet humoristique sur le déficit d’attention, la maladie du siècle des “webaholiques“. J’y reviens parce que depuis, on a beaucoup parlé du nouveau livre de l’écrivain technologique, Nicholas Carr, dans lequel il dénonce les effets d’Internet sur notre cerveau.

Selon lui, non seulement le bombardement d’informations dans le monde moderne, tue notre patience, notre capacité de réflexion et de contemplation, mais il modifierait aussi la structure de notre cerveau.

Il est vrai que j’ouvre souvent trop de fenêtre de navigateurs à la fois dans une conversation et qu’il faut boire quelques cafés pour me suivre. Il est tout aussi vrai que la patience, n’a jamais été ma plus grande vertu, mais quand je pète un câble, ça n’a rien à voir avec mon cerveau trop branché, je suis une femme, inutile de me faire des examens neurologiques.

Si mon cerveau est «technologiquement» modifié par Internet, ça expliquerait peut-être une autre démence dont je suis atteinte, suite à dix ans de surf intensif.  Je n’ai jamais été une zappeuse. Je consulte l’horaire télé en ligne avant d’allumer l’antiquité au milieu de mon salon. En un an, j’ai probablement fait du «zapping»  quatre fois à la recherche d’une émission intéressante :  illico me semblait trop lent et l’offre, décevante. Deux fois sur quatre, j’ai fermé le machine hurlante et suis retournée devant un bon livre.

Je suis aussi incapable de me discipliner à regarder une émission à horaire régulier ou même de penser à l’enregistrer. “Webaholique” assumée, j’ai l’habitude d’être servie selon mes goûts, au moment voulu. En terme savant, je suis pas mal entièrement passée du côté de la génération du ”PULL” à l’opposé du “PUSH”, où l’on nous sert l’information.

La semaine dernière, j’ai donc décidé qu’il serait mieux de donner 50 $ par mois à un organisme à but non lucratif que de garder le câble télé. J’ai ressorti les oreilles de lapin et après les avoir bougées dans tous les sens, j’ai accepté de voir le monde en rouge et vert avec des lignes au milieu, c’est très bien comme ça.

Ce n’est pas la première fois que je me retrouve parmi les sans-câbles. À San Francisco, je n’avais même pas de télévision et je me suis pourtant payée une véritable orgie de films et de téléséries grâce aux sites Hulu et Netflix

Ça tombe plutôt bien que Netflix soit enfin disponible au Canada, mais je suis malgré tout déçue qu’ils lancent leur produit sur le marché sans version française… «Coming soon to a theatre near you!».  Ils se concentrent aussi uniquement sur la lecture en transit (streaming) sans offrir leur excellent service postal. Il faut dire que la lenteur de Poste Canada pose problème. Je suis abonnée à zip.ca, un service basé sur le même principe que Netflix : ils envoient un ou plusieurs DVD à la fois selon votre abonnement mensuel et il suffit de les retourner par la poste lorsque vous avez terminé. Fini les frais de retard, véritables plaies des gens distraits comme moi. Le hic, c’est qu’il faut compter trois jours pour une lettre au Canada contre un jour aux États-Unis. En plus, il semble que Zip n’a pas d’entrepôt local à Montréal, la demande n’est pas encore assez importante. Bref, lorsqu’on a connu Netflix comme mode de vie aux États-Unis, on a l’impression que le DVD parcourt le Canada d’un océan à l’autre, à dos d’âne.

Impatiente…moi ? Bah! C’est de la faute d’Internet. Monsieur Carr le dit. Internet nous rend peut-être tous un peu fous, mais je serais curieuse d’étudier les effets thérapeutique du IPod sur notre cerveau. À mon avis, le pouvoir de choisir sa musique n’importe où, n’importe quand, rend même l’enfer plus supportable. l’Ipod est un objet sacré. Il ne manque plus qu’un IDieu à adorer.

Je vous laisse donc avec un morceau que je cherche frénétiquement sur mon Iphone lorsque tout va mal. Le prélude de la Suite Numéro 1 pour violoncelle de Bach
Avouez qu’il est difficile de s’énerver de nos emmerdes bassement terrestres en écoutant du Bach.

27

04 2010

Testeuse-cascadeuse de IMachins

Question de vous rappeler l’an 2019 tel qu’imaginé dans le film Blade Runner (1982), revoici la bande annonce sur la musique de Vangelis.

Dans un article récent Times «10 ideas for the next 10 years», Michael Lind démontrait, fort justement, que nous vivons dans une ère de stagnation technologique. Il notait, entre autres, que la combinaison d’un téléphone avec de la vidéo et un clavier n’a rien de bien excitant en comparaison avec le premier téléphone ou poste de télévision. Le plus scandaleux est bien entendu notre retard au niveau énergétique: l’automobile tient la tête de liste mais aussi le système de propulsion des avions qui date de 1930.

Bercée par la science fiction durant mon enfance, je suis très déçue qu’on ne se téléporte pas encore et que les autos ne volent pas (ça m’éviterait de tourner 30 minutes pour trouver du stationnement les jours de lavage de rue sur le Plateau.) Je m’attendais aussi à parler une langue internationale mélangeant le chinois et l’anglais comme dans Blade Runner. Mais la preuve la plus flagrante que nous ne sommes pas très évolués en 2010, c’est qu’on n’a toujours pas réglé le problème des éternelles files d’attentes aux toilettes des filles. Et que dire ces foutus loquets qui sont toujours brisés? Non mais pourquoi personne ne se penche sur ce grave problème de temps perdu à attendre devant les bécosses?

Nous sommes en mai 2010 et tout le monde s’excite le poil des jambes pour l’Ipad, la nouvelle tablette électronique de Apple. Certains vendraient leur mère en échange de l’objet sacré disponible en nombre limité. Dans un article de l’excellent The Onion, on se moque des «early adopters» en imaginant le Ipad émettant la phrase : «Aye, est-ce que ce gars à un Ipad?» à toutes les 8 minutes. On a d’ailleurs récemment lancé un réseau de rencontre entre adeptes d’Apple…c’est une question de statut social.

Ceci-dit, il ne fait aucun doute que je veux un Ipad “moissi, moissi, moissi”. Par contre, j’aimerais qu’ils préparent un modèle pour enfant, solide comme du Fisher Price. C’est que je suis victime d’une malédiction pour les Imachins: j’ai fermé la portière de ma voiture sur mon iPod qui est mort plié en deux et j’ai échappé mon iPhone tout neuf de mon balcon du troisième étage (malgré sa capote de cuir, il est atterri sur un coin mal protégé). Je prie tous les soirs pour éloigner les mauvais esprits de mon MacBook.

Heureusement l’arrivée du Ipad ne tuera pas le papier. Constamment branchée en semaine, je profite des week-end pour me tacher les doigts sur les journaux en dévorant des articles au complet plutôt que la lecture en diagonale sur le Web.

Et tant qu’à vous confier mes plaisirs anachroniques, un de mes fantasme ultime, c’est l’odeur des vieux livres, ce doux parfum de pourriture. Au cours de ma maîtrise en histoire, j’ai eu la chance de consulter des documents aux Archives nationales à Paris. Après avoir enfilé des gants de chirurgie, j’ai probablement passé plus de temps à humer les pages et tourner amoureusement les pages qu’à lire le vieux volume.

Je pourrais certainement assouvir mes désirs en collectionnant de vieux bouquins mais tout mon budget passe dans les IMachins, et surtout dans la plus diabolique de tous, la boutique Itunes.

25

04 2010

Apologie de la désuétude

On dit d’une chose qu’elle est anachronique, fausse par rapport à la chronologie mais aussi obsolète, désuète. On ne dit pas d’une personne qu’elle est anachronique et pourtant il m’arrive souvent de me demander ce que je fous au milieu d’une époque si insipide. Non mais croit-on vraiment que nous recevrons un point sur la ligne du temps des grands courants qui ont révolutionné ce monde?

Révolutionnaire opportuniste, n’ayant jamais appris à fermer ma gueule surtout par écrit, ma tête bien tranchée aurait surement visité Paris au bout d’une fourche. Me voilà sur le pied de guerre pour la prochaine bataille mais ne me dites pas que la révolution, c’est Internet, l’outil avant le forgeron. Un grand pas technique, mais encore un trop petit pas pour l’humanité. Il ne faut pas oublier que l’innovation Web émerge souvent des bas fonds de la pornographie. Chose certaine, Internet a véritablement accéléré notre vie d’animal social qui jape souvent pour rien, comme des caniches idiots.

Assoiffée de savoir empirique, j’aurais bien voulu être une encyclopédiste des Lumières et puisque la mode est de ne rien approfondir, je suis devenue surfeuse boulimique d’information, payée pour surfer, partout et nulle part à la fois. Nous les «ti-culs» du Web, fumistes et génies confondus, gonflés à bloc par les promesses des «stocks options», nous tentions d’organiser le Web à la main dans de gigantesques annuaires. C’était avant les moteurs de recherche performants. C’était la Belle Époque du Web et la bohème parisienne. Je vous raconterai.

Romantique «mal-timée», je serais certainement morte d’amour, en écrivant toute la nuit à un gentilhomme moderne, au son de l’adagio d’Albinoni. Transposée dans le monde moderne, ma vie ressemble étrangement à cette séquence de 500 Days of Summer où l’écran est divisé en deux: d’un côté on voit comment il a imaginé la soirée et de l’autre comment elle se déroule réellement, le tout sous la voix rassurante de Regina Spektor, «Je suis l’héroïne de l’histoire, je n’ai pas besoin d’être sauvée». Imaginez une telle mésadaptée anachronique sur les réseaux de rencontres… tragiquement épique! Ça aussi, je vous raconterai si vous êtes gentils.

Je ne suis pas une dinosaure réfractaire au progrès technologique qui vous fera l’apologie de la vie simple des Amisch. Non, en bon enfant de notre siècle, je suis tout aussi esclave de nouvelles «bébelles» passées au malaxeur, des phrases de 140 caractères, de l’information insolite, du voyeurisme amoral et de toutes ces curiosités qui font plus rapidement le tour de la planète qu’une navette spatiale.

Les preuves de mes anachronismes traînent partout sur mon disque dur, je les défragmente chronologiquement dans le désordre, tel le mode aléatoire d’Itunes, cette invention prodigieuse qui déterre de bonne vielles «tounes». Et parce qu’il y a toujours une chanson qui exprime mieux un état qu’une avalanche de mots, ce matin, je choisis Révolution des Beatles. Ce divin 45 tours que je volais à mon père pour le poser maladroitement sur mon tourne disque rose avant de me lancer sur le lit pour le faire sauter. Un rite initiatique au Rock.
Révolution – The Beatles (1968)

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04 2010

Ne pas parler de poésie en écrasant des fleurs sauvages

Je vais à un spectacle sur la thématique des chansons de “char” ce soir et ça m’a rappelé un moment de grâce sur l’autoroute 15.

Il y a des chansons qu’on a oublié, d’autres qu’on avait mal écouté et celles qu’on a besoin d’entendre à cet instant précis. Le hasard du mode aléatoire du IPod peut changer notre état d’esprit en quelques secondes.

Lorsque je marche dans la rue, je tombe souvent en pleine contemplation musicale, le regard perdu sur le bout de ciel entre deux immeubles, j’arrête le temps et le mouvement. En voiture, vous pouvez me surprendre à essuyer des larmes sur une lumière rouge, une chanson m’a transporté un peu trop loin.

Voici donc une chanson qui n’a rien d’une chanson de “char”. Mais lorsqu’elles s’est mise à jouer dans mon IPod sur l’autoroute, je l’ai réécouté en boucle jusqu’à Montréal : Perlimpinpin de Barbara.
Pour la rage qu’elle exprime. Parce que j’en suis là, exactement.

Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C’en est assez de vos violences.
D’où venez-vous ?
Où allez-vous ?
Qui êtes-vous ?
Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire silence.
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S’il faut absolument qu’on soit
Contre quelqu’un ou quelque chose,
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes
Je suis pour les forêts profondes,
Car un enfant qui pleure,
Qu’il soit de n’importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils
Est un enfant qui meurt.
Que c’est abominable d’avoir à choisir
Entre deux innocences.
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis
Les rires de l’enfance
Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c’est bien
Et pour une rose entr’ouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d’abandon,
Et pour ce jardin qui frissonne
Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Mais tout donner avec ivresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
En écrasant les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour au murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance.
Contre qui, comment, contre quoi ?
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles.
Contre personne et contre rien,
Mais pour toutes les fleurs ouvertes,
Mais pour une respiration,
Mais pour un souffle d’abandon
Et pour ce jardin qui frissonne
Et pour vivre passionnément,
Et ne se battre seulement
Qu’avec les feux de la tendresse
Et, riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
en écrasant des fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance,
Vivre,
Vivre
Avec tendresse,
Vivre
Et donner avec ivresse
Rien que la tendresse pour toute richesse
Vivre
Vivre avec tendresse

Côté anglophone, en ce moment, j’écoute souvent Ready to start, de Arcade Fire dans ma voiture.

Businessmen drink my blood
Like the kids in art school said they would
And I guess I’ll just begin again

08

04 2010