Casanova, Kafka, Bacon et Hubble
Pour mieux répondre à la foule de lecteurs en délire, j’abandonne les éphémérides hebdomadaires pour ne souligner que quelques événements chaque mois. C’est que les éphémérides peuvent être assez fastidieuses et ce qui vous intéresse avant tout, ce sont mes gaffes épiques et mes humeurs de mésadaptée temporelle.
Dans la multitude d’événements du mois de juin, je ne retiens que la mort d’un brillant séducteur, des génies incompris et une explosion cosmique en Sibérie. Ce choix éditorial totalement arbitraire, résume assez bien mes intérêts !
Le 4 juin 1798, la gente féminine pleurait un irréductible séducteur,
Giovanni Casanova. Force est d’admettre que le personnage avait un certain génie d’acteur : il a été diplomate, espion, magicien et surtout, écrivain. Il suffit de lire «Histoire de ma vie» pour constater que Casanova avait la plume bien.. exercée. Bon, je m’arrête ici avant d’être tentée par d’autres jeux de mots de mauvais goût. En plus, les Casanova coûtent généralement assez cher en thérapie alors une fois qu’on les a oublié, on n’a vraiment plus envie d’en parler.
Quand on pense au nombre de fumistes qui deviennent des célébrités, les génies morts dans l’obscurité méritent plus de publicité posthume.
Le 3 juin 1924, s’éteignait un grand écrivain visionnaire qui dénonçait l’absurdité de notre monde : Frank Kafka. Or, non seulement l’auteur du Procès et de la Métamorphose, n’a pas connu la célébrité de son vivant, mais il avait demandé qu’on brûle ses écrits à sa mort. Heureusement, son exécuteur testamentaire ne l’a sagement pas écouté.
Voici quelques-unes de mes citations préférées de kafka :
«Le niveau de la masse dépend de la conscience de l’individu.»
«La véritable réalité est toujours irréaliste.»
«Le capitalisme est un état du monde et un état de l’âme.»
Même si vous n’avez jamais lu Kafka, vous avez surement vécu l’écrasante absurdité bureaucratique, au moins une fois dans votre vie. Ainsi, lorsque vous prenez un numéro pour rencontrer un idiot exécutant des ordres illogiques, respirez et pensez à Kafka.
Reculons maintenant de plusieurs siècles. Le 11 juin 1292, un moins franciscain, Roger Bacon, surnommé «Doctor Mirabilis», mourrait à 78 ans, sans aucune reconnaissance pour son travail. Ce grand intellectuel, très en avance sur son temps, aurait inventé le premier télescope, la poudre à canon et les verres grossissants. Il fut surtout l’un des fondateurs de la science moderne. Ses écrits ont été bannis par le pape et il vécut plus de dix ans, enfermé dans une cellule obscure.
Je termine le survol du mois de juin avec un immense feu d’artifice. Je ne connais pas grand chose à l’astronomie mais je m’y intéresse de plus en plus. C’est peut-être parce qu’en vieillissant, je réalise enfin que je ne suis pas le centre de l’univers !
C’est le 30 juin 1908 qu’eut lieu la plus grosse explosion cosmique de l’histoire. Équivalente à 1000 bombes d’Hiroshima, l’explosion s’est produite en haut d’une forêt de pins en Sibérie centrale, couchant les arbres et quelques habitants qui se trouvaient à environ 60 miles. Ce qui est dommage c’est que ces quelques témoins qui étaient cloués sur le sol, n’avaient pas de téléphones cellulaires pour envoyer des vidéos sur Youtube.
Le débat sur la nature de cette gigantesque explosion n’est toujours pas résolu, un astéroïde, un météorite, un fragment de comète? Un fait est indéniable : les extras terrestres font toujours des essais nucléaires et des enlèvements sur des terrains déserts en Russie ou aux États-Unis.
Je ne vous propose pas de musique pour ce billet mais un petit rappel de notre petitesse. L’image la plus profonde de l’univers prise par Hubble.
Regardez l’image des 10 000 galaxies et dites-vous qu’on attribue environ 122 conquêtes amoureuses à Casanova.
Eh bien voilà, comment je case Casanova, Kafka, Bacon, la Sibérie et Hubble dans un même billet. Vous êtes perdus? C’est pour ça que je vais mourir incomprise et enfermée dans un monastère avec mon télescope et ma poudre à canon.



