RAM qui rame : la maladie du siècle?
À lire en écoutant : Where is my head – Pixies
On a beaucoup polémiqué suite aux sorties de Lise Bissonnette et de Nathalie Petrowski dénonçant les écueils des médias sociaux. Puis, on est passé aux séries et à la spirale infinie de l’échangeur Turcot.
J’y reviens malgré tout parce que le débat sur la perte de temps surgit à chaque nouvelle invention diabolique dont la télévision, les jeux vidéos et Internet. Une grande question demeure : peut-on vraiment juger le gaspillage de temps? N’est-ce pas là une violation du doit individuel à disposer de sa propre RAM (Random Access Memory ou en français, mémoire à accès aléatoire)
Illustrons la RAM par un échantillon de 24 secondes chrono chez un spécimen test:
Navigation simultanée sur une dizaine de fenêtres
Tweet : “Inch Halak” (de ynoiseux) apparaît au bas de l’écran. Sourire.
Pong: Courriel important pour le boulot.
Ping: Annonce d’un texto sur le cellulaire.
Pong: Pourriel de viagra.
Pong: Lettre d’information sans importance.
Toudou: Spam d’une Russe en chaleur via Skype.
Wouf: Chien de la voisine.
Tweet: machin@chose@pis@l’autre#machin http://tinyurl…. euhhh…
Fiiiiiiiiii: Le café est prêt.
Tic. Tic. Le courriel important est lu et classé. Beeep…
Voilà 24 secondes alors imaginez deux éternelles minutes dans le cerveau d’Halak en dernière période, mercredi soir…
Trucs et astuces: si votre capacité de traitement commence à défaillir, défragmentez votre disque dur par une cure de déconnexion. Vous pouvez, par exemple, aller chercher le café avant qu’il explose dans la cuisine.
Va pour les bases techniques mais l’injustice veut que nous ne soyons pas tous nés égaux face à la RAM. Certains génies en repoussent les limites et d’autres sombrent dans le déficit d’attention chronique.
Cherchant un exemple de RAM phénoménale, je me suis demandée combien de Tweets ferait-on avec les 23 000 lettres de Voltaire? L’incorrigible bavard, qu’on lit encore trois siècles plus tard, a pondu cette orgie de mots à la plume, sans copier-coller. Pendant ce temps au 21e siècle, je “tapoche” une oeuvre plus qu’éphémère au péril de mon annulaire droit. Quel rapport avec ce doigt sans intérêt sauf si le marié se trompe de main? C’est qu’il y a environ un an, le salaud a décidé de cesser de plier: un inflammation connue sous le nom savant de «doigt gâchette». Il faut dire que je tape trop passionnément, sans méthode, en surexploitant l’annulaire pour les touches «effacer» et «retour». L’insubordonné a été cruellement puni par une piqure de cortisone injectée dans le tendon. Croyez-moi, la douleur est comparable à se faire arracher un ongle par un sauvage du Canada.
Bon, je disais quoi déjà ? Ah oui ! Déficit d’attention chronique… «Connais-toi-même ta propre RAM.»
Qu’importe si de nos doigts gâchettes, nous écrivons plus vite que notre ombre des quantités exponentielles de phrases intelligentes ou insignifiantes, tant qu’il nous sera permis de rire de l’Homo sapiens version 2.0.1.0. Zappeur multitâche branché sur de plusieurs médias, il a inventé une langue indéchiffrable parsemée de «#» et «LOL». Il vénère le dieu «Halak» ainsi que des objets gravés d’un signe de pomme. Sapiens cherche inlassablement des femelles dans les catalogues illustrés et craint davantage d’être déconnecté plus d’une heure, que sa propre mort.
En vérité, je vous le dis, si la masse perd le contrôle de sa RAM, nous sombrerons dans un déficit d’attention chronique collectif telle une meute de Jack Russel tappant frénétiquement sur des claviers. Nous devrons aussi nous préparer à une épidémie de doigts gâchettes parce que jusqu’à maintenant, la reconnaissance vocale traîne de la patte.
Et qu’en dirait Voltaire? Peut-être… «Les hommes en général ressemblent aux chiens qui hurlent quand ils entendent de loin d’autres chiens hurler».(Fragments historiques)



