Twitter et le bel esprit moderne
Séquence à revoir : La joute de bel esprit dans le film Ridicule
Hier matin, lorsque mon réveil a sonné, je me suis rendue compte que j’étais en train de “twitter” dans mon rêve. Je ne suis pourtant pas trop “accro” de Twitter, je m’en tiens à une moyenne de un ou deux messages par jour.
J’ai joint la secte des oiseaux picocheux il y a environ deux mois. Twitter remplace mon cordon ombélical au fil de presse et me permet de retrouver un peu mon habitat naturel : les salles de presse à aire ouverte. Mieux encore pour une fille qui n’est pas très bavarde le matin, être seule avec la radio et Twitter s’avère plutôt commode (ceci-dit, je rattrape mon mutisme matinal en parlant trop le reste de la journée).
Bien avant Facebook et Twitter, nous exercions notre rhétorique sur les forums et nous fréquentions de respectables salons de clavardage. Habillé chic, le «Web 2.0» a quitté un cercle d’initiés pour se répandre dans la masse mais pour l’instant, Twitter demeure une secte assez restreinte au Québec.
Adepte convaincue mais néanmoins modérée, je me pose quelques questions existentielles en moins de 140 caractères. La première: « Vivre le moment présent ou le twitter? »
Encore une fois, je pose la question qui tue : Mais que dirait Bouddha? Sommes-nous vraiment dans la plénitude du moment présent si le besoin de partager par écrit risque de tuer le momentum? « Une seconde chéri, je tweet ta demande en mariage. Ma réponse? Ah non, merde, Twitter est encore «over capacity».
Ne vaut-il pas mieux bien mâcher tranquillement que de twitter que notre steak est délicieux? Au milieu d’un tremblement de terre, ne serait-ce pas plus sage de se planquer sous une table avant de tweeter au monde entier que la terre tremble? En d’autres mots, est-ce que notre besoin incontrôlable de tout documenter nous rapproche de ces touristes qui prennent tellement de photos de voyage, qu’on se demande s’ils ont vu quelque chose en dehors de leur écran.
La deuxième question dépasse Twitter mais me chipote aussi : « Les gens d’esprit ont-ils encore le droit de se taire ? » Notre société a une grande soif de la phrase “clip” drôles. Comme le commun des mortels, je me délecte des mots d’esprits et j’organise mes listes d’invités VIP dans mon salon. Il serait dommage toutefois que certaines discussions deviennent des rendez-vous obligés pour briller comme dans un bar de la rue Saint-Laurent.
Certains d’entre vous se rappelleront peut-être le film Ridicule de Patrice Leconte qui se déroulait dans les salons du XVIIIe siècle? Les invités devaient faire preuve de bel esprit et un “Ridicule” pouvait briser leur réputation. À un dîner, la marquise lançait une joute de bel esprit et celui qui avait le moins d’esprit devait quitter la table. Vers la fin de la joute, alors que le baron n’avait pas encore parlé, deux convives lancent:
«On dit d’un homme d’esprit qui se tait, qu’il n’en pense pas moins»
«Un sot qui se tait n’en pense pas davantage»
Bien entendu, il s’agit là d’une caricature des salons du XVIIIe siècle. Mais au XXIe siècle pour se démarquer des “ennuyeux”, il vaut mieux maîtriser l’art du “bon mot clip” et être vite sur les pitons pour lancer les rumeurs en premier.



